Dimanche 27 mai 2007 7 27 /05 /Mai /2007 14:00

Leçons théologiques tirées du tremblement de terre de Sumatra

Par le Shaykh Abdelhakim Murad

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L'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, a récemment déclaré qu’il était possible que notre foi en Dieu puisse être perturbée par la catastrophe naturelle qui a englouti des milliers de personnes le 26 Décembre 2004.  

Historiquement, l’une des causes majeures de l’athéisme dans le monde Chrétien vient du fait qu’il est inconcevable que « le Dieu de la Bible » puisse exister dans un monde aussi arbitraire et rempli de souffrances. 
 

Une telle incompréhension pourrait-elle mettre en danger de la même façon la foi musulmane ?  
 

Ceci nous amène à nous plonger au coeur des divergences existant entre les croyances chrétiennes et musulmanes. L’incompréhension chrétienne la plus fréquente au sujet de l’islam repose sur l’accent mis sur la transcendance divine. Pour les chrétiens, il est de l’ordre du dogmatique de croire que Dieu ne peut être pleinement concerné par l’humanité que s’Il devient une personne à part entière, identique à nous. Et pour eux, l’opposé de ceci est l’ancienne alliance, système dans lequel l’abstraite transcendance de Dieu conduisait à une lointaine adoration à travers lois et rituels.  
 

Dans le Coran, Dieu se décrit en termes humains. Ses 99 noms sont tous des noms qui ont des manifestations possibles et envisageables parmi celles présentes dans les comportements humains. Nous ne pouvons être omnipotent, mais nous comprenons ce qu’est le pouvoir, et par conséquent nous pouvons appréhender dans un certain sens le fait que Dieu possède une puissance illimitée ne tolérant aucune opposition. Et c’est la même chose avec les autres attributs tels que la vue, l’ouïe, le savoir, etc…  
 

On pourrait dire, avec ces termes linguistiques, que Dieu est une « personne » (les musulmans peuvent le faire en faisant très attention au sens donné à ce mot, mais le terme est absent de notre théologie), car Il possède des qualités que nous sommes capables d’identifier par analogie à celles présentes dans l’humanité, telles que la conscience, le but, la volonté, la capacité, la perception, sans pour autant affirmer tels les chrétiens que « Dieu est avec nous » (Emmanuel). Ceci car, premièrement, pour Dieu, en tant que personne et présence localisée, être à un endroit à l’intérieur de Sa création suggère qu’Il est d’une certaine manière absent d’elle, ce qui est une notion dualiste. Et deuxièmement, car cela satisfait le désir naturel humain de penser que Dieu nous ressemble, mais sans imperfection. Cela signifierait, dans cette optique, qu’en ne cessant d’augmenter sa puissance, on pourrait éventuellement penser arriver à l’omnipotence.  
 

Ce raisonnement n’est cependant pas acceptable selon notre théologie. Cette différence entre le pouvoir de Dieu et le notre n’est pas de l’ordre du quantitatif mais plutôt du qualitatif, différence du même type qu’entre la notion de fini et d’infini. Sa puissance est donc finalement complètement différente de la notre. Notre puissance est fonction de la réalité et de la possibilité de rencontrer ou non l’opposition d’un obstacle. Si nous possédions l’omnipotence, nous ne ferions probablement pas le rapport avec le pouvoir dont nous faisions usage auparavant. Et nous pourrions conclure la même chose sur les autres noms divins qui semblent avoir un rapport avec des qualités humaines. Ainsi le Qur’an dit, « Il n’y a rien qui lui ressemble » (42:11). Et dans le hadith : « Quoique tu imagine, Allah est différent ».  
 

L’une des brillantes facettes du Qur’an est de ne faire aucun compromis avec la transcendance divine. D’une part il dément les païens et les chrétiens qui essaient de localiser Dieu, et d’autre part, il ne lésine aucunement sur les moyens donnés aux humains pour L’adorer. Dans le Qur’an, Sa transcendance n’est pas en opposition avec Son immanence. C’est pourquoi Sa transcendance est vraie dans son sens absolu, car Sa nature est transcendante. Le langage du Qur’an sur l’immanence de Dieu (tashbih) est vraiment contingent, car l’existence humaine est contingente. Le Tawhid a été identiquement enseigné par tous les prophètes depuis l’aube des temps, mais les façons de L’adorer et de parler de Lui ont pu changer. C’est une croyance musulmane fondamentale ; « Il n’est pas interrogé sur ce qu’il fait, mais ce sont eux qui devront rendre compte [de leurs actes] » (21:23). S’adresser à Lui signifierait imposer des conceptions purement humaines aux sens de Ses noms.  
 

L’essence divine, le véritable Dieu se situe au delà de l’imaginaire, c’est pour cela qu’il nous est interdit d’y songer. Par contre, nous pouvons imaginer Ses noms, et ce sont les sens de ces noms qui rendent possible l’adoration. Mais s’ils sont compréhensibles pour nous c’est qu’ils sont contingents. Il nous dit qu’Il est l’Audient, non pas parce qu’il possède un organe physiquement sensible aux ondes sonores, mais parce que c’est la meilleure façon de faire comprendre un aspect de Sa nature à nos esprits. Et mis ensembles, Ses noms immanents se rapportent à une « personne » comparable à aucune autre. Ainsi l’Islam ne dit pas « Dieu est amour » mais il dit : « Dieu est l’Aimant » (wadud), et la miséricorde est véritablement Sa qualité majeure, mais c’est donner une limite à Sa transcendance que de nier qu’Il est aussi autre chose, certains de Ses attributs sont plus facilement imaginables que d’autres pour nos esprits limités. Le Christianisme, à force d’insister sur le fait que le Christ immanent est le véritable Dieu, enlève à Dieu Ses attributs de rigueur, qui sont moins intrinsèques à l’immanence. Ainsi, une fois « de retour dans les cieux », cet « homme divin » (le Christ) pourrait ensuite être valablement interrogé sur les raisons des événements que nous redoutons dans ce monde (les catastrophes naturelles), tout comme Ulysse défiait Poséidon pour expliquer une tempête.  
 

Tout ceci prouve que l’Islam est le juste milieu, se situant entre deux extrêmes : d’un côté, le phénomène d’incarnation avec le Christianisme, qui pose comme principe que Dieu est amour mais qui est incapable d’expliquer les catastrophes naturelles, et de l’autre côté, l’aspect clairement impersonnel de la plupart des formes du bouddhisme, qui n’a aucun problème à affirmer l’existence de l’enfer dans ce monde. Nous ne sommes « ni d’orient ni d’occident », nous sommes la « nation du milieu ». Et ceci car nous reconnaissons les limites de notre compréhension de Ses noms. Lui, le Glorieux, ne peut être accusé de notre propre ignorance et arrogance. Au lieu de cela, nous devons nous soumettre à Lui, le remercier pour les bienfaits non mérités qu’Il nous accorde, comme chaque bouffée d’oxygène ; et nous sommes convaincus que ceux qui meurent de manière inexpliquée, recevront, dans la justice et la miséricorde de l’éternité, une récompense à côté de laquelle leur souffrance vécue sur Terre paraîtra dérisoire.

 
Et Allah est le plus savant.

Source

Par 'Abd al Batin - Publié dans : La Croyance Islamique ('Aqida)
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