Samedi 22 décembre 2007 6 22 /12 /Déc /2007 19:33

Pourquoi les Musulmans suivent les 4 écoles (Madhdhab)

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« Qui a besoin des imams de la Loi Sacrée quand nous avons le Qur’an et les hadiths ? Pourquoi ne pouvons-nous pas tout simplement prendre notre islam de la parole d’Allah et de Son Messager ? »

 

Chaykh Nuh Ha Mim Keller explique la nécessité de respecter et d’accorder leur juste valeur aux savants et aux écoles de la Loi Islamique.

 

L’oeuvre des Imams Mujtahid de la Loi Sacrée, ceux qui déduisent les jugements de la shari’a du Qur’an et des hadiths, a été l’objet de mes recherches pendant plusieurs années maintenant, durant lesquelles j’ai parfois entendu la question : « Qui a besoin des imams de la Loi Sacrée quand nous avons le Qur’an et les hadiths ? Pourquoi ne pouvons-nous pas tout simplement prendre notre islam de la parole d’Allah et de Son Messager (salAllahu ‘alayhi wa salam), qui sont protégés de l’erreur par intervention Divine, au lieu de le prendre des madhdhabs ou « écoles de jurisprudence » des imams mujtahid, comme Abu Hanifa, Malik Shafi’i et Ahmad, qui eux ne le sont pas ? » 


Je ne peux cacher à aucun de vous à quel point ce problème est pressant, ou que nombre de désaccords que nous voyons et entendons dans nos mosquées ces jours-ci sont dus à un manque de connaissance du fiqh ou « jurisprudence islamique » et de sa relation à l’Islam dans son ensemble. Il est tant maintenant, plus que jamais, de revenir aux bases et de nous demander comment nous comprenons et exécutons les commandements d’Allah.


Nous examinerons d’abord la connaissance de l’Islam que nous possédons tous, et montrerons où le fiqh entre en jeu. Nous lirons les qualifications mentionnées dans le Qur’an et la sunna de ceux qui exercent le fiqh, les savants mujtahid. Nous nous focaliserons tout d’abord sur l’étendu du savoir du savant Mujtahid (le nombre de hadiths qu’il doit connaître etc.) puis nous examinerons la profondeur de son savoir, à travers de véritables exemples de dalils ou « preuves légales » qui démontre comment les savants font le lien entre des hadiths différents voir même contradictoires pour produire un avis juridique uniforme et cohérent. 


Nous terminerons par discuter de la relation du mujtahid à la science de l’authentification des hadiths et des conditions par lesquelles un savant sait qu’un hadith donné est sahih ou « rigoureusement authentifié » pour pouvoir l’accepter et le suivre.

  

Qur’an et Hadith. 

La connaissance que vous et moi prenons du Qur’an et des hadiths est de plusieurs types : le premier et le plus important concerne notre foi, et est la connaissance d’Allah et de Ses Attributs, et les autres articles basiques du dogme Islamique comme la prophétie du Messager d’Allah (sallAllahu ‘alayhi wa salam), le Jour Dernier etc. Chaque Musulman peut et doit acquérir cette connaissance du Coran et de la Sunna. 


C’est également le cas pour un second type de connaissance qui ne concerne pas notre croyance toutefois, mais plutôt les actions : les lois générales de l’Islam qui sont de faire le bien et d’éviter le mal, d’accomplir la zakat, jeûner Ramadan, coopérer avec les autres pour faire le bien et ainsi de suite. 


Quiconque peut apprendre et comprendre ces règles générales, qui résument le sirat al-mustaqim, ou « chemin droit » de notre religion. 

 

Fiqh. 

Un troisième type de connaissance est celle des détails spécifiques de la pratique islamique. Tandis que tout un chacun peut comprendre les deux premiers types de savoir à partir du Qur’an et des hadiths, la compréhension de ce troisième type a un nom spécial : fiqh, qui signifie littéralement « compréhension ». Et les gens y diffèrent quant à leurs capacités. 


J’ai eu un visiteur un jour en Jordanie, par exemple, qui, alors que nous parlions de pourquoi il n’avait pas encore été au hajj, m’a mentionné le hadith de Anas ibn Malik qui dit que le Messager d’Allah (sallAllahu ‘alayhi wa salam) a dit : « quiconque prie la prière de l’aube (fajr) en groupe et s’assoit pour faire du dhikr jusqu’au lever du soleil, puis prie deux rak’as, aura une récompense semblable à celle d’un hajj et d’une ‘umra. » Anas dit : « Le Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam) a dit ‘complètement, complètement, complètement. » (Tirmidhi, 2.481) 


Mon visiteur l’avait fait ce même matin, et maintenant il croyait avoir rempli son obligation d’accomplir le Haaj et ne pas avoir besoin d’aller à La Mecque. Le hadith était bien authentifié (hassan). J’ai donc défini à mon visiteur la différence entre gagner la récompense d’une chose, et remplir une obligation de l’Islam en l’accomplissant véritablement, et il a compris ce que je voulais dire. 


Mais il y a une leçon plus importante dans cela, c’est que même si le Qur’an et la Sunna sont ma’sum ou « Divinement protégés de l’erreur », la compréhension qu’on en a ne l’est pas. Et quelqu'un qui dérive des règles du Qur’an et de la Sunnah sans entraînement à l’ijtihad ou « déduction depuis les textes primaires » comme mon visiteur l’avait fait, sera responsable de cela au Jour du Jugement, tout comme un docteur amateur qui n’a jamais été dans une école de médecine sera responsable s’il accomplit une opération et que quelqu'un meurt sous son scalpel. 


Pourquoi cela ? Parce que Allah a expliqué dans le Qur’an que le fiqh, la compréhension détaillée des commandements divins, requiert que des membres spécifiquement entraînés l’apprennent et l’enseignent. Allah dit dans surat al-Tawba : 


{Les croyants n'ont pas à quitter tous leurs foyers pour combattre. Pourquoi de chaque clan quelques hommes ne viendraient-ils pas s'instruire dans la religion, pour pouvoir à leur retour, avertir leur peuple afin qu'ils soient sur leur garde.} (9 : 122) 


Où l’expression « li yatafaqqahu fi al din » « s’instruire dans la religion » est dérivé très précisément de la même racine (F-Q-H) que le mot fiqh ou « jurisprudence », et est ce que les étudiants occidentaux en arabe appellent un « verbe à cinq formes », (tafa‘ ‘ala) ce qui indique que le sens contenu dans la racine, compréhension, est obtenu par un effort soigneux et soutenu.


Ce verset coranique établi qu’il devrait y avoir une catégorie de gens qui ont appris la religion pour être à leur tour qualifiés pour l’enseigner. Et Allah a commandé à ceux qui ne connaissent pas une règle de la Loi Sacrée de demander à ceux qui savent, en disant dans la surat al-Nahl : 


{Demandez aux gens du Rappel si vous ne savez pas} (16 : 43)  


Dans lequel ces mots « les gens du rappel » [ndt : ou « ceux qui se souviennent »], ahl al-dhikri, indique ceux qui ont la connaissance du Qur’an et de la Sunna, et à leur tête les Imams Mujtahid de cette Umma. Pourquoi cela ? Parce que, tout d’abord, le Qur’an et les hadiths sont en langue arabe, et en tant que traducteur moi-même, je peux vous assurer que ce n’est pas n’importe quel arabe…



Pour comprendre le Qur’an et la Sunna, le mujtahid doit avoir une connaissance parfaite de la langue arabe, dans le même degré de maîtrise que les anciens arabes eux-mêmes avaient, avant que le langage ne soit utilisé par des non autochtones. Cette maîtrise, que presque personne n’a à notre époque, n’est pas le principal sujet de cette étude, mais même si nous l’avions, que se passerait-il si, vous ou moi, n’étant pas des spécialistes formés, nous essayions de déduire des détails sur la pratique islamique directement depuis les sources ? Après tout, le Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam) a dit dans le hadith de Bukhari et Muslim : « Quand un juge qui émet des jugements et lutte pour connaître un statut légal (ijtahada) et a raison, il a deux récompenses. S’il émet des jugements et lutte pour connaître un statut légal et se trompe, il a une récompense. » (Bukhari, 9.133). 



La réponse du terme ijtihad ou « lutte pour connaître un statut légal » dans cet hadith ne signifie pas l’effort de tout le monde et n’importe qui pour comprendre et opérationnaliser un avis juridique Islamique, mais plutôt celui de la personne qui connaît tout ce que le Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam) a enseigné sur cette question. Quiconque fait de l’ijtihad sans en avoir les qualifications est un criminel. La preuve en est le hadith du compagnon Jabir ibn ‘Abdullah qui a dit : 



Nous sommes partis en expédition, et une pierre a frappé l’un d’entre nous et lui lacéra la tête. Il eut plus tard une pollution nocturne, et il demanda à ses compagnons : « Pensez-vous que j’ai une circonstance atténuante pour accomplir l’ablution sèche (tayammum) ? » à la place de la grande ablution [ghusl.] Ils lui répondirent : « Non nous ne voyons pas de circonstance atténuante si tu peux utiliser de l’eau. » Alors il a accompli la grande ablution et en est mort. Quand nous vînmes trouver le Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam) et qu’il apprit cela, il dit : « Ils l’ont tué, qu’Allah les tue. Pourquoi n’ont-ils pas demandé ? Car ils ne savaient pas. Le seul remède à celui qui ne sait pas quoi dire est de demander. » (Abu Dawud, 1.93)  


Le Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam) a également dit : 
 


Les juges sont de trois types : deux d’entre eux iront en enfer, et un au paradis. Un homme qui connaît la vérité et qui juge en fonction d’elle, il ira au paradis. Un homme qui juge entre les gens alors qu’il est ignorant, il ira en enfer. Et un homme qui connaît la vérité mais qui juge injustement, il ira en enfer. (Sharh al-Sunna, 10.94) 
 


Cet hadith, qui a été rapporté par Abu Dawud, Tirmidhi, Ibn Majah, et d’autres est rigoureusement authentique (sahih), et n’importe quel Musulman qui souhaite éviter le feu devrait considérer avec lucidité le sort de quiconque, selon les termes du Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam), « juge pour les gens alors qu’il est ignorant. »
 

  

Pourtant, nous avons nos Qur’an de Yusuf ‘Ali, et nos traductions du Sahih al-Bukhari. Ce ne sont pas des sources scientifiques valables ? 


Ce sont des livres de grande valeur, et ils contiennent peut-être la plus grande et la plus importante partie de notre Din : les croyances Islamiques de base, et les lois générales de la religion. Notre sujet ici ne concerne pas ces grands principes, mais plutôt sur la compréhension des détails spécifiques de la pratique Islamique, qui est précisément appelée le fiqh. Pour cela, je pense que n’importe quel chercheur honnête qui étudie la question sera d’accord avec moi que les traductions anglaises [ndt : ou françaises] ne sont pas suffisantes. Elles ne sont pas suffisantes parce que la compréhension de la totalité du corpus textuel du Qur’an et des hadiths, qui consiste en ce que nous appelons le Din, requiers deux dimensions chez un savant : une dimension d’ampleur, la compréhension en substance de tous les textes, et une dimension de profondeur, les outils méthodologiques requis pour faire le lien entre les versets coraniques et les hadiths, même ceux qui se contredisent ostensiblement l’un l’autre.

  


La Connaissance des Textes Primaires


Quant à l’ampleur de la connaissance d’un mujtahid, il est rapporté que Muhammad ibn ‘Ubaydullah ibn al-Munadi, l’élève de l’Imam Ahmad ibn Hanbal, a entendu un homme demander à ce dernier : « Quand un homme a mémorisé 100 000 hadiths, est il un savant de la Loi Sacrée, un faqih ? » Il répondit : « Non. » L’homme demanda : « 200 00 alors ? » Il répondit : « Non. » L’homme demanda : « Alors 300 000 ? » Il répondit : « Non. » L’homme demanda : "400 000 ?" Et Ahmad fit un geste de la main pour dire « à peu près autant. » (Ibn al-Qayyim : I‘lam al-muwaqqi‘in, 4.205). 


En vérité, par le terme « hadith » dans ce cas, l’Imam Ahmad voulait dire les hadiths du Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam) dans leurs diverses chaînes de transmission, comptant chaque chaîne de transmission différente comme un hadith propre, et peut être également en comptant les paroles des Sahaba. Mais le point essentiel ici est que même en éliminant les différentes chaînes, et qu’on ne parle que des hadiths du Prophète (sallAllahu ‘alayhi wa salam) qui sont absolument acceptables en tant que preuves, que cela soit des hadiths Sahih, « rigoureusement authentifiés », ou Hassan, « bien authentifiés » (qu’on peut considérer comme des Sahih du point de vue de l’ijtihad), nous parlons tout de même de plus de 10 00 hadiths, et on n’en trouve pas autant dans Bukhari seul, ni dans Bukhari et Mouslim seul, ni dans aucun des six livres, ni même des neuf. Pourtant, quiconque veut donner une fatwa, ou « avis juridique formel » et juger pour les gens si une chose est licite ou illicite, obligatoire ou sunna, doit connaître tous les textes primaires qui y sont reliés. Car les environ 10 000 hadiths sahih sont, pour le mujtahid, comme un seul hadith, et il doit d’abord les connaître pour faire le lien entre eux pour expliquer le commandement homogène d’Allah. 
 


Je dis : « faire le lien » car beaucoup d’entre vous sont conscients que certains hadiths sahih semblent contrevenir à d’autres hadiths tout aussi sahih. Comment un mujtahid procède dans un tel cas ? 

 

L’Ijtihad

Examinons quelques exemples. La plupart d’entre nous connaissent les hadiths sur le jeune du Jour de ‘Arafa pour le non-pèlerin qui « expie [les péchés] de l’année passée et de l’année suivante » (Muslim, 2.819). Mais un autre hadith bien authentifié interdit de jeûner uniquement le Samedi (Tirmidhi, 3.210), que Tirmidhi explique : « Le sens de la réprobation est celui de quand un homme isole le Samedi pour y jeûner, car les juifs révèrent le Samedi » (ibid.). Certains savants soutiennent que le Dimanche est également réprouvé pour le jeûne pour les mêmes raisons, qu’il est vénéré par les non-Musulmans.(D’autres hadiths permettent de jeûner ces jours si on jeûne également le jour d’avant ou le jour d’après, peut être parce qu’aucune religion ne vénère les deux jours d’affilés.) La question se pose : Que faire si ‘Arafa tombe un Vendredi, un Samedi, ou un Dimanche ? La recommandation générale du jeune du Jour de ‘Arafa peut aussi bien être susceptible d’être sujet à la prohibition spécifique de jeûner un seul de ces jours-là. Mais un mujtahid conscient de tout le corpus de hadith connaîtrait certainement un troisième hadith recensé par Muslim qui est encore plus spécifique et qui dit : « Ne jeûnez pas uniquement le Vendredi d’un ou plusieurs autres jours de jeune, sauf s’il coïncide avec un jeune qu’un de vous accomplit » (Muslim, 2.801). 


Ce dernier hadith établit pour le mujtahid le fait que le principe général du jugement du jeune d’un jour normalement interdit change quand il « coïncide avec un jeune que l’un d’entre vous accomplit. » ; Ainsi n’y a-t-il pas de problème à jeûner, que le Jour de ‘Arafa tombe un Vendredi, un Samedi, ou un Dimanche. 


Ici comme ailleurs, quiconque veut comprendre le statut de l’accomplissement d’une chose en Islam doit connaître tous les textes qui sont liés à ce sujet précis. Car en tant que Musulmans ordinaires, vous et moi ne sommes pas seulement tenus d’obéir uniquement aux versets Coraniques et aux hadiths que nous connaissons. Nous sommes tenus d’obéir à tous, toute la shari’a. Et si nous ne sommes pas personnellement qualifiés pour faire le lien entre tous ces textes ; et nous avons entendu Ahmad ibn Hanbal expliquer l’étendu de cette connaissance ; nous devons alors suivre quelqu'un qui le peut, voilà pourquoi Allah nous dit : « Demandez aux gens du Rappel [qui se souviennent] si vous ne savez pas. » 


La quantité et la nature de cette connaissance nécessitent qu’un non-spécialiste en la matière fasse preuve de adab, ou "respect adéquat" envers les savants du fiqh quand il trouve un hadith, que cela soit dans Bukhari ou ailleurs, qui contredit ostensiblement les écoles du fiqh. Un non-savant, par exemple, lisant Bukhari trouvera le hadith dans lequel le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) a dénudé une de ses cuisses en revenant de Khaybar (Bukhari, 1.103-4). Et il pourra imaginer que les quatre madhdhabs ou « écoles juridiques » -Hanafi, Maliki, Shafi‘i, et Hanbali- se sont trompés dans leur jugement que la cuisse est ‘awra, ou « nudité qui doit être couverte ». 


Mais en fait, il y a nombre d’autres hadiths, tous bien authentifiés (hassan) ou rigoureusement authentiques (sahih) qui prouvent que le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) a explicitement commandé à plusieurs Sahaba de couvrir leurs cuisses car cela fait partie de la nudité. 


Hakim signale que le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) a vu Jarhad dans la mosquée portant un manteau, et sa cuisse se découvrit, et le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) lui a dit que, « la cuisse fait partie de nudité » (Al-Mustadrak), dont Hakim dit, « c'est un hadith dont la chaîne de transmission est rigoureusement authentifiée (sahih), » ce que l' Imam Dhahabi a confirmé (ibid.). L’Imam Al-Baghawi rapporte le hadith de sahih que « le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) passa devant Ma'mar, dont les deux cuisses étaient exposées, et lui a indiqué que, « O Ma'mar, couvrent tes deux cuisses, parce que les deux cuisses font partie de la nudité » » (Sharh Al-sunna 9.21). 


Et Ahmad ibn Hanbal rapporte que le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) a dit, « quand un de vous marie [quelqu'un] à son domestique ou employé, ne le laissez pas regarder sa nudité, parce que ce qui est au-dessous de son nombril jusqu'à ses deux genoux est nudité » (Ahmad, 2.187), un hadith avec une chaîne de transmission bien authentifié (hasan). Les imams mujtahid des quatre écoles connaissaient ces hadiths, et ont fait le lien entre eux et le hadith de Khaybar dans Bukhari par le principe méthodologique que : « Un commandement explicite dans les paroles du prophète (Allah le bénissent et lui donnent la paix) a la priorité sur une de ses actions à lui. » Pourquoi cela ? 


Entre d'autres raisons, parce que certaines règles de la Shari’a ne s’appliquaient qu’au Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam). Comme le fait que quand il entrait dans une bataille, il n'était pas autorisé pour lui de battre en retraite, qu’importe à quel point il était dépassé en nombre. Ou comme l'obligation pour lui seul de la prière du tahajjud ou du "veilleur de nuit" après s'être réveillé avant l'aube, qui est seulement sunna pour le reste d’entre nous. Ou comme la permission uniquement en ce qui le concerne de ne pas casser son jeune le soir entre plusieurs jours de jeune. Ou comme la permission spécifique à lui d’avoir plus de quatre femmes - un moyen par lequel Allah, dans Sa Sagesse, a préservé pour nous les moindres détails de la sunna du Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) au jour le jour, qu'un plus grand nombre d'épouses pouvait bien mieux observer et retenir. 


Parce que certaines règles de la shari’a ne s’appliquaient qu’à lui seul, les savants de l’ijtihad ont établi le principe que dans de nombreux cas, quand un acte a été fait par le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) en personne, comme le fait que l’on voyait ses cuisses après Khaybar, et qu’il nous a donné un ordre explicite de faire le contraire, dans ce cas précis, couvrir les cuisses car elles font parties de la nudité, alors le commandement est ce que nous adoptons, et l’acte est considéré comme étant propre à lui seul (salAllahu ‘alayhi wa salam). 


Nous pouvons voir de cet exemple le type de science que cela nécessite pour appréhender sérieusement le corpus complet du hadith, à la fois en termes d’étendue de connaissance et de profondeur de compréhension interprétative (ou fiqh), et que quiconque ferait une fatwa disant, sur la base du hadith de Khaybar qui se trouve dans le Sahih al-Bukhari, que « les savants se trompent et le hadith a raison » serait coupable d’une négligence criminelle pour son ignorance. 


Quand une personne n’a pas la connaissance substantive du Qur’an et du corpus des hadiths, et qu’il lui manque de la méthodologie du fiqh pour faire de façon cohérente le lien entre les deux, les hadiths qu’il a lu ne sont pas suffisants. Pour prendre un autre exemple, il y a un hadith bien authentifié (hassan) qui dit que « Le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) a maudit les femmes qui visitent les tombes. » (Tirmidhi, 3.371). Mais les savants disent que l’interdiction aux femmes de visiter les tombes a été abrogée par le hadith rigoureusement authentifié (sahih) : « Je vous ai interdit de visiter les tombes, mais maintenant visitez-les » (Muslim, 2.276). 


Ici, bien que l'expression « maintenant visitez les » (fa zuruha) est un impératif aux hommes (ou à un groupe dont au moins certains sont des hommes), le fait que le hadith permet aux femmes comme aux hommes de visiter dorénavant les tombes est montré par un autre hadith rapporté par Muslim dans son Sahih que quand A'isha a demandé au Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) ce qu’elle devrait dire si elle visitait des tombes, il lui disait, « Dit : ‘‘La paix soit sur les croyants et les musulmans parmi les gens de ces demeures ; qu’Allah fasse miséricorde à ceux d’entre nous qui sont partis devant et ceux qui sont restés en arrière ; si Allah veut, nous vous rejoindrons certainement’» (Muslim, 2.671), ce qui implique tout simplement la permission pour elle de visiter les tombes afin de dire cela, parce que le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) ne lui aurait jamais enseigné ces mots si visiter les tombes pour les dire avait été une désobéissance. En d'autres termes, savoir tous ces hadiths, ainsi que le principe méthodologique du naskh ou de « l’abrogation », est essentiel pour tirer la conclusion de fiqh valable qui est que le premier hadith dans lequel « Le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) a maudit les femmes qui visitent les tombes » a été abrogé par le deuxième hadith, comme cela est certifié à par le troisième. 


Ou considérons le verset Coranique dans la sourate al Mai'da :


{La nourriture de ceux à qui ont reçu le Livre est licite pour vous, et votre nourriture est licite pour eux} (Qur’an 5 : 5) 


C’est un jugement général qui s’applique apparemment à toute leur nourriture. Pourtant, ce jugement est sujet au takhsis, ou « restriction » par un jugement plus spécifique qui prouve que certaines des nourritures des Ahl al-Kitab, « ceux qui ont reçu le Livre » comme le porc ou les animaux qui n’ont pas été abattus dans les règles, ne sont pas licites pour nous. L’ignorance de ce principe du takhsis ou restriction semble particulièrement courante chez les pseudo-mujtahids de notre temps, de qui on entend souvent le jugement le plus général en ces mots : « mais le Qur’an dit ceci » ou « mais le hadith dit cela », sans aucune mention du jugement plus spécifique issu d’un hadith différent ou d’un verset Coranique qui le restreint. La réponse ne peut être que : « Oui mon frère, le Qur’an dit : ‘‘ la nourriture de ceux qui ont reçu le Livre est licite pour vous’’, mais que dit il d’autre ? » ou bien « oui le hadith du Sahih al-Bukhari dit que le Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) a dénudé sa cuisse au retour de Khaybar. Mais qu’est ce que les hadiths disent d’autre ? Et, plus important encore, est ce que tu es sur que tu les connais ? » 


Les exemples ci-dessus n’illustrent que quelques-unes des règles méthodologiques nécessaires au mujtahid pour comprendre et opérationnaliser l’Islam en faisant le lien entre deux preuves légales. 


Premièrement, nous avons vu le principe du takhsis ou de la « restriction » des règles générales par les plus spécifiques, dans les deux exemples du jeûne le jour du `Arafa quand il tombe le vendredi, samedi, ou dimanche, et de celui de la nourriture d'Ahl Al-Kitab. Deuxièmement, dans le hadith de Khaybar issu du Sahih Al-Bukhari au sujet du fait de découvrir sa cuisse et les hadiths commandant que la cuisse soit couverte, nous avons vu le principe de la façon dont une commande prophétique explicite dans ses termes a la priorité sur une action quand il y a une contradiction. Troisièmement, nous avons vu le principe du mansukh wa nasikh, de « l’abrogation du jugement le plus ancien par un plus récent » dans l'exemple de la prohibition initiale des femmes de visiter des tombes, et que cela leur a plus tard été autorisé. 


Ce sont seulement trois des manières dont deux textes ou plus du Qur'an et du hadith peuvent entrer l’un dans l’autre et se qualifier l’un l’autre, des règles que celui qui en déduit la shari’a doit connaître. En d'autres termes, ils ne sont qu’outils d'une boîte à outils méthodologique entière. Nous n'avons pas le temps de passer la soirée à détailler tous ces outils, mais nous pouvons en mentionner certains en passant, donnants d'abord leurs noms arabes, comme :


Le ‘amm, un texte d'applicabilité générale à beaucoup de règles légales, et son opposé :

Le khass, ce qui est applicable seulement à un jugement ou à un type de jugement précis.

Le mujmal, celui qui requière d'autres textes afin d'être entièrement compris, et son opposé :

Le mubayyan, ce qui est clair sans autres textes.

Le mutlaq, ce qui est applicable sans restriction, et son opposé :

Le muqayyad, ce qui a des restrictions imposées par d'autres textes.

Le nasikh, ce qui abroge des jugements indiqués précédemment, et son opposé :

Le mansukh : ce qui est abrogé.

Les nass : cela qui détermine sans équivoque une question légale particulière, et son opposé :

Le dhahir : cela qui peut contenir plus d'une interprétation.


Mon but en mentionnant ce qu’est un mujtahid, ce qu’est le fiqh, et les types de textes qui matérialisent les commandements d’Allah, avec des exemples pour les illustrer, est pour répondre à la question initiale : « Pourquoi ne pouvons-nous pas prendre notre pratique islamique directement de la parole d’Allah et de Son messager (salAllahu ‘alayhi wa salam), qui sont sous la protection divine, plutôt que de prendre la parole des Imams mujtahid, qui eux ne le sont pas ? » La réponse, nous l’avons vu, est qu’on ne peut agir selon la révélation sans compréhension, et que la compréhension requiert d’une part d’avoir une vaste maîtrise du tout, et d’autre part le comment de la relation des différentes parties entre elles. Quiconque allie ces deux dimensions de la révélation prend sa pratique islamique de la parole d’Allah et de Son messager (salAllahu ‘alayhi wa salam), qu’il le fasse personnellement en étant lui-même un Imam mujtahid, ou par le biais d’un autre, en le suivant.

  

Suivre les Savants (Taqlid)

Le Qur’an distingue clairement entre deux niveaux : celui des néophytes dont le chemin est le taqlid ou « suivre les résultats des savants sans connaître la preuve détaillée » et celui de ceux dont la tâche est de savoir et d’évaluer cette preuve, à travers la Parole d’Allah Très Haut dans la surat al-Nisa’: 


Ils auraient dû avant tout en référer au Messager et aux détenteurs de l’autorité parmi eux, ceux qui étaient habilités à en déduire la portée en auraient apprécié la véracité… (Qur’an 4 : 83) 


Où alladhina yastanbitunahu minum, « ceux qui sont à même d’en connaître la portée », font référence à ceux qui ont la capacité de déduire des règles juridiques directement à partir des preuves, ce qui est appelé précisément en arabe istinbat, montrant que, comme le dit l’exégète coranique al-Razi : « Allah a commandé à ceux qui sont moralement responsables de présenter les faits concrets à quelqu'un qui peut en déduire (yastanbitu) les règles juridiques appropriées. » (Tafsir al-Fakhr al-Razi, 10.205). 


Une personne qui a atteint ce niveau peut, et même doit tirer ses conclusions directement de la preuve, et ne peut se contenter de suivre les conclusions d’un autre savant sans examiner les preuves (taqlid), une règle qui est exprimée dans les livres de méthodologie des fondements du fiqh comme : Laysa li al-‘alim an yuqallida, « le ‘alim [autrement dit le mujtahid au niveau de l’istinbat évoqué plus haut par le verset coranique ci-dessus] ne peut se contenter de suivre un autre savant » (al-Juwayni : Shahr al-Waraqat, 75), ce qui signifie qu’il n’est pas acceptable légalement qu’un mujtahid suive un autre mujtahid sauf s’il connaît et est d’accord avec ses preuves. 


Les Imams mujtahid ont formé un certain nombre de savants qui en sont arrivés à ce niveau. L’Imam Shafi‘i avait al-Muzani, et l’Imam Abu Hanifa avait Abu Yusuf et Muhammad ibn al-Hasan al-Shaybani. C’est à de tels étudiants que Abu Hanifa a adressé les mots suivants : « Il est illicite pour quiconque ne connaît pas ma preuve de donner mon avis comme fatwa » (al-Hamid : Luzum ittiba‘ madhahib al-a’imma, 6), et : « Il n’est pas licite pour quiconque de donner notre avis comme fatwa sans qu’il sache d’où nous l’avons tiré » (ibid.). 


C’est l’une des erreurs grossières de notre époque que ces paroles sont parfois citées comme si elles s’adressaient à des Musulmans ordinaires. S’il était illicite pour le charpentier, le marin, le programmeur en informatique, le docteur, de faire un quelconque acte d’adoration avant d’avoir maîtrisé le corpus textuel dans sa globalité du Qur’an et les milliers de Hadiths, ainsi que tous les principes méthodologiques requis pour peser les preuves et établir la relation entre elles toutes, il aurait manifestement abandonné soit sa profession soit sa religion. Une vie entière d’étude serait à peine suffisante pour cela, un fait que Abu Hanifa savait mieux que personne, et c’était donc aux savants de l’istinbat, les mujtahid, qu’il a adressé ses remarques. Quiconque cite ces paroles à un non-savant pour tenter de suggérer que Abu Hanifa voulait dire qu’il est mauvais pour les Musulmans ordinaires d’accepter les travaux des savants, devrait s’arrêter pour réfléchir un moment à quel point cela est insensé, particulièrement compte tenu de l’œuvre de la vie d’Abu Hanifa de son début à sa fin, qui a consisté précisément à résumer les jugements de fiqh de la religion pour que les gens du commun en bénéficient. 


L’Imam Shafi’i s’adressait également à ces savants d’élite quand il a dit : « Quand un hadith est sahih, c'est mon école (madhhab) » qui a été mal compris par certains comme signifiant que si on trouve un hadith, par exemple, dans le Sahih Al-Bukhari qui est en contradiction avec un avis de Shafi`i, on devrait présumer qu'il était ignorant de ce hadith, laisser tomber le fiqh, et accepter le hadith. 


Je pense que les exemples que nous avons entendus ce soir au sujet de faire le lien entre plusieurs hadiths pour un avis juridique précis sont trop clairs pour mal comprendre Shafi`i de cette façon. Shafi`i se réfère à des hadiths dont il n’avait pas connaissance et dont les savants mujtahif savent qu’il n’en avait pas connaissance quand il a donné cet avis particulier. Et cela, comme l’Imam Nawawi l’a indiqué, « est très difficile, » car Shafi’i en connaissait énormément. Nous avons entendu l'opinion de l’élève de Shafi’i, 'Ahmad ibn Hanbal, au sujet de combien de hadiths un faqih doit savoir, et il a considéré incontestablement Shafi’i comme étant un tel savant, parce que Shafi’i était son cheik dans le fiqh. Ibn Khuzayma, connu comme « Imam des imams » dans la mémorisation de hadith, a été par le passé interrogé ainsi : « Connais-tu un quelconque hadith rigoureusement authentique (sahih) que Shafi’i n'a pas cité dans ses livres ? » Et il a dit « non » (Nawawi : Al-Majmu’, 1.10). Et l’Imam Dhahabi a indiqué, « Shafi’i n'a pas fait une seule erreur au sujet d'un hadith » (Ibn Subki : Tabaqat al-Shafi‘iyya, 9.114). Il est clair dans tout ceci que la parole de l'Imam Shafi’i « quand un hadith est sahih, c’est ma position » ne prend son sens - et ne pourrait entraîner des corrections significatives que si elle est adressée aux savants à un niveau de maîtrise du hadith comparable au sien.

  


L’Authentification des Hadiths.

Le dernier point soulève une autre question dont peu de gens sont au fait de nos jours, et à laquelle je vais dédier l’ultime partie de mon discours. Tout comme l’Imam mujtahid n’est pas comparable à nous dans sa maîtrise des preuves du Qur’an et de la Sunna entre lesquelles il est nécessaire de faire le lien, et dont ils tirent des jugements ; il n’est pas non plus comme nous dans la façon dont il juge de l’authenticité des hadiths. Si une personne qui n’est pas spécialiste dans le hadith a besoin d’évaluer un hadith, il voudra en général savoir s’il apparaît, par exemple, dans le Sahih al-Bukhari, ou le Sahih Muslim, ou bien si les savants du hadith l’ont déclaré sahih ou hasan. Un mujtahid ne procédera pas ainsi. Plutôt, il établit un jugement indépendant quant au fait que ce hadith vienne véritablement du Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) par sa propre connaissance des narrateurs du hadith et des sciences du hadith, et pas à partir d’un taqlid ou « suivre l’opinion d’un autre savant du hadith. » 


Ce n’est donc pas nécessairement une preuve infirmant les avis d’un mujtahid que Bukhari, ou Muslim, ou quiconque a accepté un hadith qui contredit la preuve de ce mujtahid. Pourquoi ? Parce que parmi les savants du hadith, le degré de fiabilité individuel des narrateurs est un sujet sur lequel il y a des divergences, et par conséquent les hadiths sont sujets à divergences tout comme des questions particulières de fiqh sont sujettes à divergence parmi les savants du fiqh. Et, comme entre les écoles du fiqh, l’étendue de ces divergences est petite en relation avec le tout, mais nous devons quand même nous rappeler de leur existence. 


Parce qu’un savant mujtahid n’est pas tenu d’accepter l’ijtihad d’un autre savant vis-à-vis d’un hadith particulier, l’ijtihad d’un spécialiste du hadith de notre temps comme quoi, par exemple, un hadith serait faible (da’if), n’est pas nécessairement un argument de défaveur de l’ijtihad d’un mujtahid antérieur comme quoi cet hadith est acceptable. Ceci est particulièrement vrai de nos jours, quand les spécialistes du hadith ne sont pas au niveau de leurs prédécesseurs ; que ce soit en matière de connaissance de la science du hadith ou de mémorisation la mémorisation des traditions prophétiques. 


Nous devrions également nous remémorer de ce que signifie "sahih". Je conclurai donc ce travail par les cinq conditions qui doivent être réunies pour qu’un hadith soit considéré sahih, et nous verrons, inshallah, comment les savants du hadith ont divergé à leur propos, une discussion dont les contours sont posés par le savant dans Athar al-hadith al-sharif fi ikhtilaf al-A’imma al-fuqaha du savant du hadith Syrien contemporain Muhammad ‘Awwana [les effets du hadith sur les divergences des imams du fiqh] (21-33) :


(a)La première condition est qu’un hadith doit remonter au Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam) par une chaîne continue de narrateurs. Il y a une différence d’opinion entre Bukhari et Muslim dans le fait que Bukhari a soutenu que pour chaque deux narrateurs adjacents dans la chaîne de transmission, il doit être établi historiquement que les deux se sont effectivement rencontré, alors que Muslim et d’autres n’ont stipulé que le fait que leur rencontre ait été possible, comme dans le cas où l’un ait vécu dans une ville particulière qu’il est connu que l’autre a visité au moins une fois dans sa vie. Certains hadiths seront par conséquent acceptables selon Muslim et pas acceptables selon Bukhari et ceux des imams mujtahid qui adoptent son critère. 


(b)La seconde condition pour un hadith sahih est que le narrateur soit droit moralement. Les savants ont divergé sur cette définition, certains acceptants qu’il est suffisant que le narrateur soit un Musulman dont il n’est pas prouvé qu’il est inacceptable. D’autres stipulent qu’il est clairement établi qu’il avait une moralité éminente, d’autres encore ont également décrété que cela pouvait être établi tacitement. Ces différents critères sont naturellement des raisons pour lesquels deux mujtahid peuvent diverger à propos de l’authenticité d’un même hadith. 


(c)La troisième condition est que le narrateur doit être connu pour avoir eu une mémoire fiable. La vérification de cet état de fait est de même sujet à désaccords entre les Imams du hadith, ce dont résultent des différences à propos de l’évaluation de la fiabilité de certains narrateurs, et par conséquent de certains hadiths. 

(d)La quatrième condition pour qu’un hadith soit sahih est que le texte et la transmission d’un hadith doivent être exempts de shudhuh, ou « variantes entre ses différentes versions établies. » Un exemple est le cas d’un hadith qui est rapporté par cinq rapporteurs différents qui sont contemporains les uns les autres, tous rapportant le hadith du même sheikh à travers sa chaîne de transmission jusqu’au Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam). Ici, si nous constatons que quatre des hadiths ont la même formulation, mais l’un d’entre eux a une formulation différente, le hadith avec la formulation unique est appelé shadhdh ou « marginal » et n’est pas accepté parce que la différence est naturellement attribuée à une erreur de ce narrateur, vu que la totalité des narrateurs ont entendu le hadith du même sheikh. 

[Suit un exemple]

 

(e) La cinquième et ultime condition pour un hadith sahih est que le texte et la chaîne de la transmission doivent tous deux être sans ‘illa ou « faille cachée » qui alerterait les experts de s’attendre à des problèmes d’authenticité le concernant. Nous nous appesantirons un moment sur ce point non seulement parce qu'il aide à illustrer les processus de l'ijtihad, mais parce que l'expertise approfondie dans cette condition n'était pas commune même parmi les grands Imams du hadith. Le plus grand nom dans le domaine était 'Ali Al-Madini, un des cheiks de Bukhari, bien que son travail principal à ce sujet soit hélas maintenant perdu. Daraqutni est peut-être le spécialiste le plus célèbre dans ce domaine et dont les travaux subsistent encore. Dans les mots d' Ibn Al-Salah, un hafiz ou un « maître en hadith » (quelqu'un avec au moins 100 000 hadiths en mémoire), la connaissance du ‘illa ou « faille cachée » est : 

"Parmi les plus grandes des sciences du hadith, la plus exacte et la plus élevée : seuls les savants avec une grande capacité de mémorisation, d'expertise en hadith, et à la compréhension pénétrante en ont une connaissance approfondie. Elle se réfère à d'obscures failles cachées qui rendent un hadith vicié, "faille" signifiant un défaut qui est annule l'authenticité d'un hadith qui est apparemment "rigoureusement authentique (sahih). Elle affecte les hadiths avec des chaînes de narrateurs fiables et qui remplissent en apparence toutes les conditions d"un hadith sahih" (Ulum al-hadith). 

[Suit un exemple]

 

Conclusions. 

Résumons tout ce qui a été évoqué. J'ai tout d'abord mis en évidence le fait que la science que vous et moi apprenons du Qur'an et des hadiths peut être divisée en trois catégories. La première est la connaissance d'Allah et de Ses attributs, et les vérités basiques de la croyance Islamique, comme la prophétie du Prophète (salAllahu ‘alayhi wa salam), la foi au Jour Dernier, etc. Tout Musulman peut et doit tirer cette connaissance du Livre d'Allah et de la Sunna, et c'est également le cas du second type de science : celle des prescriptions islamiques de bases : faire le bien, éviter le mal, faire la prière, payer la zakat, jeûner Ramadan, coopérer avec les autres dans les bonnes œuvres, etc. Tout un chacun peut et doit apprendre ces règles générales par lui-même ou par elle-même. 


Puis nous avons vu une troisième catégorie de science, il s'agit du fiqh, ou "compréhension" d'un détail spécifique de la pratique Islamique. Nous avons trouvé dans le Coran et les hadiths sahih que les gens sont de deux types vis-à-vis de cette science : ceux qui sont qualifiés pour effectuer un Ijtihad et ceux qui ne le sont pas. Nous avons mentionné le hadith sahih concernant "un homme qui juge sans science : il ira en enfer", pour insister sur le fait que les mujtahid "du dimanche" sont des criminels quand ils opèrent sans formation adéquate. 


Nous avons entendu le verset Coranique qui stipule qu'un groupe parmi la communauté Musulmane doit apprendre et doit être apte à enseigner aux autres les détails spécifiques de leur religion. Nous avons entendu le verset Coranique qui invite à laisser le soin de régler les affaires à "ceux qui étaient habilités à en déduire la portée"


Nous avons parlé de ces savants, les Imams mujtahid, tout d'abord sous le rapport de leur science complète du Qur'an et du corpus textuel de hadith, puis sous celui de la profondeur de leur interprétation, et nous avons alors mentionné des exemples tirés du Qur'an et des hadiths qui illustrent le processus par lequel chaque Imam fait le lien entre de nombreux textes, et donne la précellence à l'un ou l'autre quand il y'a une contradiction apparente. Nos exemples concrets d'ijtihad nous ont permis par conséquent de comprendre à qui les Imams adressaient leurs célèbres recommandations de ne pas suivre leurs positions sans connaître leurs preuves juridiques. Ils se sont adressés au fleuron des savants qu'ils avaient formés et qui étaient capables de saisir et d'appréhender les tenants et les aboutissants impliqués par ces mêmes preuves. 


Nous avons alors appris que les Imams étaient également mujtahid concernant l'évaluation des hadiths en tant que sahih ou pas, et pris bonne note que, tout comme il est illicite pour un Imam mujtahid de faire le taqlid ou "de suivre un mujtahid sans connaître sa preuve juridique" sur une question de fiqh, il ne peut également pas le pratiquer pour l'acceptation ou non de chaque hadith. Enfin, nous avons pris conscience du fait que les divergences sur l'évaluation de fiabilité des hadiths parmi les savants qualifiés étaient à mettre en parallèle avec les divergences parmi les savants du fiqh concernant les détails de la pratique islamique : une divergence relativement mineure si on la compare à l'ensemble de leurs travaux. 


Le point majeur de tout ceci est que tandis que chaque Musulman peut tirer la base de son Islam du Qur'an et des hadiths, c’est-à-dire les principales croyances et les principes d'éthique générale qu'il doit appliquer ; pour les questions spécifiques de fiqh de la pratique islamique, connaître un verset Coranique ou un hadith se trouve parfois à des mondes de distance de connaître le jugement de la shari'a qu'on en déduit, à moins qu'on ne soit un mujtahid qualifié ou que l'on en cite un. 


Quand au mujtahids du dimanche qui connaisse un peu de langue arabe et qui s'arme de livres de hadith, ils sont semblables au docteur du dimanche que nous avons évoqué plus haut : si sa seule expertise consistait en sa capacité à lire des livres en français et à posséder des livres de médecine, nous objecterions certainement à sa pratique de la médecine, même s'il ne sagissait que d'opérer le petit doigt de quelqu'un. Alors que doit-on dire de celui qui ne connaît que l'arabe et a quelques livres de hadith et qui entreprend d'opérer votre akhira ? 


Pour comprendre pourquoi les Musulmans suivent les madhhab, nous devons aller plus loin que les slogans simplistes sur "celui qui est préservé de l'erreur par Dieu et celui qui ne l'est pas", et apprécier à leur juste valeur les Imams du fiqh qui ont opérationnaliser le Qur'an et la sunna pour que nous puissions l'appliquer dans nos vies en tant que shari'a. Nous devons nous demander si nous "obéissons à la lettre" réellement quand Allah nous dit : 
 

« Demandez à ceux qui savent si vous ne savez pas. » (Qur’an 16:43).

 

 

Par 'Abd al Batin - Publié dans : La Jurisprudence islamique (Fiqh)
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