Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 16:58

 

AL-AWWAL : LE PREMIER, AL-ÂKHIR : LE DERNIER
AL-ZHÂHIR : L'EXTÉRIEUR, L'APPARENT, AL-BÂTIN : L'INTÉRIEUR, LE CACH
É

Par Fakhr al Din Razi dans:
Lawami' al bayyinat fi al asma' wa as sifat (Traité sur les Noms Divins)

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J'ai entendu mon Cheikh et père dire : " Lorsqu'Allâh fit descendre le verset suivant : Lui (est) le Premier et le Dernier, l'Extérieur et l'Intérieur (Coran LVII, 3), les Associateurs-polythéistes (mushrikûn) se dirigèrent sur Médine et se prosternèrent. "

Les Maîtres qui s'expriment par formules allusives (arbâb al-ishârât) ont ainsi paraphrasé ce verset :

1 – Le Premier sans commencement (ibtidâ'), Le Dernier sans fin (intihâ'),
L'Extérieur sans procession (ihtidâ'), L'Intérieur sans occultation (ikhtifâ').

2 – Le Premier par la connaissance des coeurs, Le Dernier par le recouvrement des défauts, L'Extérieur par la disparition des afflictions, L'Intérieur par le pardon des péchés.

3 – Le Premier avant toute chose, Le Dernier après toute chose, L'Extérieur par la puissance sur toute chose, L'Intérieur, savant par la réalité de toute chose.

4 – Le Premier avant toute chose par l'antériorité (qidam) et le sans commencement (azaliyya), le Dernier après toute chose par le sans-fin (abadiyya) et l'Éternité (samadiyya), L'Extérieur pour toute chose par les signes probants indubitables (dalâ' il yaqiniyya), L'Intérieur excluant tout rapport corporel, temporel ou quantitatif.

5 – Le Premier par l'existentiation (îjâd) et l'acte déterminant la création (takhlîq), Le Dernier par la guidance et l'assistance (tawfiq), L'Extérieur par la sollicitude (`inâya) et le don de subsistance (tarzîq), L'Intérieur en déterminant l'être des « étants » (mukawwin al-akwân) concrètement.

6 – Le Premier qui « origine » tout premier, Le Dernier qui vient après tout dernier, L'Extérieur qui extériorise tout extérieur, L'Intérieur qui intériorise tout intérieur.

7 – Le Premier par la science du sans-commencement, Le Dernier par la Décision arrêtée (hukm) dans le sans-fin, L'Extérieur par l'argument que les créatures discernent, L'Intérieur transcendant toute modalité.

8 – Le Premier par l'Essence, Le Dernier par les Qualités, L'Extérieur par les signes qui provoquent les intuitions (âyât), L'Intérieur qui échappe à toute estimation (tawahhumât) et imagination (takhayyulât).

9 – Le Premier par la Nécessité (wujûb) et la Primordialité (qidam), Le Dernier par la Transcendance (tanzîh) qui exclut l'extinction (fanâ') et la privation d'être (` adam), L'Extérieur sans vision (ru'ya), L'Intérieur sans introspection (rawiyya).

10 – Le Premier par la Révélation descendant (nuzûl) de l'Origine jusqu'aux confins extrêmes, Le Dernier par l'Ascension (` urûj) depuis les derniers degrés jusqu'aux premiers, L'Extérieur par les signes probants (dalâ'il) et les évidences (bayyinât), L'Intérieur excluant toute analogie (mushâbaha) avec les réalités intelligibles et sensibles.

11 – Le Premier par la Foi (îmân), Le Dernier par la Satisfaction (ridwân), L'Extérieur par l'Acte parfait (ihsân), L'Intérieur par la Grâce (intinân).

12 – Le Premier par la justice (`adl), Le Dernier par la longue-générosité (tawl), L'Extérieur par l'opération (fi 'l), L'Intérieur par la faveur surabondante (fadl).

13 – Mujâhid a dit : Le Premier sans l'intervention (tadbîr) de personne, Le Dernier sans le retard (ta 'khir) de personne, L'Extérieur sans l'assistance (taqwiya) de personne, L'Intérieur sans la crainte (khawf) de personne.

14 – Le Premier par l'acte créateur (khalq) ; Le Dernier par la sustentation (rizq), L'Extérieur par la vivification (ihyâ'), L'Intérieur par la mortification ou acte de faire mourir (imâta), car c'est Lui qui vous a créé puis vous a fait mourir puis vous a fait vivre (Coran XXX, 40).

15 – Le Premier sans lieu d'apparition (matla'), Le Dernier sans lieu de disparition (maqta') L'Extérieur sans avoir à s'approcher (iqtirâb), L'Intérieur sans avoir à s'occulter (ihtijâb).

16 – Le Premier par le Sans-commencement, Le Dernier pas le Sans-fin,
L'Extérieur par l'Unité (ahadiyya), L'Intérieur par l'Impénétrabilité (çamadiyya).

17 – Muhammad b. 'Ali-at-Tirmidhî a dit : Le Premier par la concorde (tale), Le Dernier par l'imposition (taklif), L'Extérieur par la conduite (taçrîf), L'Intérieur par l'information (ta'rif).

18 – Le premier par l'acte déterminant l'être (takwîn), Le Dernier par l'acte produisant la compréhension (talqîn), L'Extérieur par l'explicitation (tabyîn), L'Intérieur par l'embellissement (tazyîn).

19 – Une autre interprétation résulte des quatre versets suivants :
Le Premier : En vérité, Notre Dire à une chose lorsque Nous la voulons est SOIS ! (kun) de sorte qu'elle est (fa yakûn) (Coran XVI, 40).
Le Dernier : Allâh a affermi ceux qui ont été fidèles à la Parole immuable en la vie d'ici-bas et en la vie future (Coran XIV, 27).
L'Extérieur : Allâh veut vous donner l'évidence et vous guider dans les voies de ceux qui vont ont précédés... (Coran IV, 26).
L'Intérieur : ... mais Allâh vous a rendu la foi aimable et l'a embellie dans vos coeurs (Coran XLIX, 7).

20 – Le Premier commence par produire l'excellence (ihsân), Le Dernier accorde la faveur d'un beau pardon, L'Extérieur l'est par les signes qu'Il manifeste et par Ses Opérations, L'Intérieur par Sa Bienveillance subtile (lutf) et par Sa Beauté (jamâl).

21 – Le Premier par la Guidance (idâya), Le Dernier par la prévenance (ri' âya), L'Extérieur par la suffisance (kifâya), L'Intérieur par la sollicitude ( `inâya).

22 – Le Premier par la primauté de Son Amour (mahabba) envers Ses Saints, Le Dernier par Son Courroux (ghadab) primordial contre Ses ennemis, L'Extérieur par Sa Théophanie (tajallî) en ce bas-monde sur le coeur des êtres d'une pureté transparente (açfiyâ'), L'intérieur en dérobant à Ses ennemis la Vision de Lui dans la vie future.

23 – Premier par l'excellence de la connaissance qu'Il prodigue (ta'rîf), Le Dernier par Son assistance et Sa confirmation (ta'yîd), L'Extérieur par Son Bienfait (ni 'ma), L'Intérieur par Sa Miséricorde (rahma).

24 – Le Premier par ce qui provoque le bonheur (is 'âd), Le Dernier par l'assistance (indâd), L'Extérieur par l'existentiation (îjâd), L'Intérieur par la droite direction (irshâd).
Allâh a dit : Il a répandu sur vous Ses bienfaits extérieurs et intérieurs (Coran XXXI, 20) : l'Extérieur en vous illuminant par les effets (âthâr) de Ses bienfaits ; l'Intérieur en faisant briller pour vous les lumières de Sa Connaissance.

QUESTIONS SUR LA RÉALITÉ DIVINE

Sache que plusieurs questions peuvent se poser sur la réalité du huwa, Lui (placé en tête du verset LVII, 3 précité, Lui est le Premier et le Dernier, et l'Extérieur et l'Intérieur).


1- Est-ce (bien) Lui (hal-huwa) dont-il s'agit ?

On répond à cette question en faisant référence à des versets qui indiquent Son existence (wujûd), le texte coranique en mentionne un grand nombre. Par exemple : l'allusion faite par Abraham, l'Ami intime - sur lui la paix - : Mon Seigneur (est) Celui qui fait vivre et mourir (Coran II, 258).

Telle aussi la mention que fait Moïse - sur lui la paix - à qui Allâh a parlé : Votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres... (Coran XXVI, 26) : Notre Seigneur (est) Celui qui confire la norme créaturelle à toute chose et guide en conséquence (Coran XX, 50).


2 - Comment est-Il ? (kayfa huwa)

Réponse : Sa modalité (kayfiyya) est la négation de toute modalité : Aucune chose ne Lui est semblable (laysa kamithlihi shay'in) (Coran XLII, 11).


3 - Qu'est-il ? (mâ huwa)

Réponse : Comme demanda Pharaon : Et qu'est (mâ) le Seigneur des êtres de l'Univers ? (Coran XXXVI, 23). Moïse répondit : Votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres (Coran XXVI, 26), c'est-à-dire qu'il n'y a pas de voie à la Connaissance de Sa Quiddité (mâhiyya) mais une à la connaissance des preuves de Son Existence, de Sa Puissance, de Sa Science et de Sa Sagesse.


4 - Combien est-Il ? (kam huwa)

Réponse : Votre Dieu est un Dieu unique (Coran 163). Dis, Lui Allâh (est) Un (Coran CXII, 1).  S'il y avait dans Ciel et Terre des dieux (âliha) autres qu'Allâh, tous deux (ciel et terre) se corrompraient (Coran XXI, 22).


5 - Où est-Il ? (ayna huwa)

Réponse : C'est Lui qui domine invincible Ses serviteurs (Coran VI, 61). Ils craignent leur Seigneur au-dessus d'eux (Coran XVI, 50). Le Tout-Miséricordieux sur le Trône établit Son Assise homogène (Coran XX, 5).

Ces versets font bien allusion à la supériorité (fawqiyya) par la Toute-Puissance, la Contrainte et l'Exaltation (isti 'lâ') sans localisation ni direction.


6 - Pourquoi est-Il existant (mawjûd), savant et puissant ? Et de plus pourquoi opère-t-Il après qu'Il n'a pas été agissant ?

Réponse : Il n'est pas interrogé sur ce qu'Il fait alors qu'ils sont interrogés (Coran XXI, 23).

La preuve authentique résultant de ce postulat (qadiyya) est que la finalité (intihâ') des êtres possibles (mumkinât) est inexorablement l'Être nécessaire par soi (al-wâjib bi dhâtihi) dont il est impossible de déterminer les motivations (al-mumtani` ta `lîlahu). Il est donc absurde de vouloir déterminer la cause de Son Essence, de Ses Qualités et de Ses Opérations !


7 - Quelle chose est-Il ? (ayyu shay'in huwa)

Réponse : Lui connais-tu un homonyme ? (Coran XIX, 65).

En effet, la question : « Quelle chose ? » concerne une chose qui partage certains aspects de sa nature avec d'autres. Mais aucune chose ne peut s'associer au Vrai dans Sa réalité d'essence ni dans la Majesté de Ses Qualités. Et tel est bien le sens du verset précité : Lui connais-tu un homonyme ? Connais-tu une chose qui Lui soit semblable en essence et en qualité au point que celles-ci obligeraient à le dégager de cette ressemblance et de ce copartage ?


8 - Quand fut t-Il ? (matâ kâna)

Réponse : Lui (est) le Premier et le Dernier, l'Extérieur et l'Intérieur (Coran LVII, 3).

Certes, tout être concerné par la question : Quand été ? reste en fait déterminé par le temps et est précédé par la privation d'être (`adam) qui lui est donc antérieure. Mais, Lui, Allâh, n'a pas de premier ; plus même, Il demeure le Premier de toute chose. Il n'a pas de dernier mais Lui est le Dernier de toute chose. Sa perdurance (dawâm) transcende toute chronologie et Sa permanence (baqâ') dans Sa sainteté est exempte de notre parole : Il était (kâna) ou Il sera (yakûn) puisque toutes ces notions sont des caractéristiques de l'être qualifié par l'adventicité (hudûth) et la contingence (imkân ou possibilité) qui ne peuvent convenir à l'Eternité divine (sannadiyya).

La signification des versets suivants se rapporte à l'Eternité sans commencement ni fin :

Toute chose (est) périssante (hâlik) sauf sa (ou Sa) face (Coran XXVIII, 88), car Allâh transcende le périssable (hilâk) et la privation d'être tant dans le passé que dans l'avenir. N'as-t-Il pas dit : Tous les êtres sur terre passent alors que la Face de ton Seigneur détentrice de Majesté et de Générosité persiste ( Coran LV, 26/27). Béni soit Celui dans la Main de Qui est le Royaume (Coran LXVII, 1 ). Le terme Béni (tabâraka) dérive de la racine BaRaKa dont l'une des significations est : demeurer quelque part. Ce dernier verset confirme que l'existence d'Allâh est perdurable, sans commencement ni fin.


9 - On questionne sur Son Règne (mulk - l'acte de régner, de posséder).

Allâh a dit : Dis ! mon Dieu, Possesseur du Règne (mâlik almulk), Tu accordes le Règne à qui Tu veux... (Coran III, 26). C'est dire que tout royaume hors le Sien est sujet à perdition. Il dit encore : Béni soit Celui dans la Main de Qui est le RègneGloire à Celui dans la main de Qui est la Royauté céleste (malakût) de toute chose (Coran LXVII, 1). (Coran XXXVI, 83).

De plus, Allâh montre avec évidence que ces réalités sont appelées à disparaître le Jour de la Résurrection selon cette parole : A qui est le Règne en ce Jour ? A Allâh l'Unique, le Réducteur ( Coran XL, 16).


10 - On questionne sur Sa Science

Allâh dit : Savant de la Réalité occultée et de la Réalité attestée (Coran VI, 73). Chez Lui (sont) les Clés de la Réalité occultée. Ne les connaît que Lui ( Coran VI, 59).

En outre, Allâh désavoue tout ce qui va à l'encontre de la science tel le sommeil (nawm) car n'a t-II pas dit : Ni l'assoupissement ni le sommeil ne Le prennent (Coran II, 255). Tel aussi l'oubli, car : Ton Seigneur n'est pas oublieux (Coran XIX, 64) ; telle encore la préoccupation d'une chose à l'exclusion d'une autre puisqu'Il ne s'occupe pas d'une affaire au détriment d'une autre.


11 - On questionne sur la Parole (kalâm)

Allâh a dit : Si les arbres de la terre (étaient) des calames et si la mer étalait son encre et encore sept mers pareilles à elle, les Paroles d'Allâh ne seraient pas consommées. En vérité, Allâh (est) Très-Inaccessible et Très-Sage (Coran XXXI, 27). Si la mer était une encre étendue pour (répandre) les Paroles de mon Seigneur, la mer serait consommée avant que ne le soient les Paroles de mon Seigneur, même si Nous apportions une étendue d'encre semblable (Coran XVIII, 109).


12 - On questionne sur les modalités (kayfiyya) d'Allâh

Allâh a dit : A Allâh le Commandement avant et après. Ce Jour, l'âme n'aura aucun pouvoir sur une autre âme. Ce Jour-ci le Commandement (est) à Allâh (Coran LXXXII, 19).


13 - On questionne sur les Noms d'Allâh :

A Allâh les Noms excellents. Invoquez-Le par eux (Coran VII, 180).

Il a précisé aussi : Dis ! Invoquez Allâh ou bien invoquez le Tout-Miséricordieux, quel que soit ce que vous invoquez, à Lui les Noms excellents (Coran XVII, 110).

Il a mentionné des Noms et des Qualités dans les derniers versets de la sourate al-Hashr, Le Rassemblement (Cf Coran LIX, 22 à 24).


14 - On questionne sur la Réalité essentielle qui Lui est propre et sur le tréfonds de Son Impénétrabilité (çamadiyya).

Il dit : L'Extérieur et l'Intérieur. Il est l'Extérieur par l'Existence, la Toute-Puissance, la Sagesse en vertu des signes probants excellents.

Il est l'Intérieur s'occultant aux intelligences en vertu de l'excellence de la Réalité essentielle qui Lui est propre et du tréfonds de Son Impénétrabilité.

Telle est l'exégèse commune à ces quatre Qualités divines. Quant à celle qui concerne chacune d'elles en particulier, nous en ferons la présentation suivante :


I - AL-AWWAL : LE PREMIER

C'est le Primordial (qadîm) sans commencement (azalî) qui ne peut jamais être précédé par la privation d'être (`adam).

Mais alors, une double question se pose : la réalité du Dieu-Producteur (wujûd al-bârî) et celle du monde (`âlam) sont-elles simultanées ou bien celle du Dieu-Producteur précéde-t-elle celle du monde ?

Dans le premier cas, il en découlerait soit la primordialité (qidam) du monde, soit l'adventicité (hudûth) du Dieu-Producteur - Exalté soit-Il. Or, les deux éventualités sont absurdes.

Dans le second cas, si le Dieu-Producteur précédait le monde d'une durée déterminée (madda mutanâhiya), Son adventicité en découlerait (en raison de celle du monde). Si, d'autre part, Dieu le précédait d'une durée sans fin, celle-ci entraînerait qu'Il ne fût pas Premier, en conséquence de quoi le temps (zamâl) serait primordial (qadîm), ce qui est absurde !

La réponse à donner à cette difficulté est la suivante :

L'antériorité (taqaddum) du hier (al-ams) par rapport à aujourd'hui (al-yawm) sort du temps (zamâl). S'il n'en était pas ainsi, il faudrait que le temps lui-même fût temporel (zamânî). De même que nous concevons l'antérieur du hier par rapport à aujourd'hui hors de la condition temporelle, de même, l'antériorité du Dieu-Producteur par rapport au monde n'est pas temporelle. Cet argument résoud toute la question.


II - AL-ÂKHIR : LE DERNIER

Jahm b. Safwân prétendait qu'Allâh accorde la récompense aux gens qui la méritent et le châtiment à qui il est destiné en suite de quoi Allâh fait disparaître le Paradis et ses hôtes et l'Enfer et ses habitants, si bien que rien ne demeure avec Allâh.

De même qu'Allâh est existant (mawjûd) dans le Sans-commencement sans qu'aucune chose soit avec Lui, de même reste-t-Il existant dans le Sans-fin sans qu'aucune chose soit avec Lui.

Pour soutenir ce point doctrinal, il présente plusieurs arguments :

Le premier :

Lui est le Premier et le Dernier (Coran LVII, 3). Allâh est premier puisqu'Il est existant sans qu'aucune chose soit avec Lui et de même est-Il dernier puisqu'Il est permanent dans ce qui ne cesse point et qu'aucune chose n'est avec Lui.

Le deuxième :

Allâh dit : Eux seront perpétuellement (khâlidûn) dans le Feu tant que dureront les Cieux et la Terre à moins qu'Allâh ne le veuille autrement. Ton Seigneur fait ce qu'Il veut (Coran XI, 107).

Allâh a donc déterminé la perpétuité (khulûd) du Feu en fonction de la durée (dawâm) des Cieux et de la Terre à moins que ton Seigneur ne le veuille autrement. Or, cette durée peut avoir un terme. Il faut donc que la permanence du Paradis et de l'Enfer ait un terme.

Le troisième :

Si Allâh ne connaissait pas le nombre des motions (harakât) des hôtes du Paradis et de l'Enfer, cela constituerait une cause d'ignorance pour le Seigneur ; mais s'Il a cette connaissance, cela implique un terme (au Paradis et à l'Enfer).

Le quatrième :

Les futurs contingents (hawâdith mustaqbila) impliquent la discontinuité propre au nombre. Or, tout ce qui est de la sorte a un terme.

Sache-le ! La plupart des hommes religieux (ahl al-dîn) sont d'accord sur la permanence (baqâ') du Paradis et de l'Enfer. Leur argument est que cette permanence est possible (mumkin). L'enseignement traditionnel (sam`) arrive à cette conclusion. Il faut donc conclure à leur permanence. Pour expliquer cette possibilité (imkân) Jahm b.Safwân précise ceci : Si cette permanence n'était pas possible, l'inverse d'une possibilité devrait entraîner une impossibilité en soi. Or cette conséquence ici est absurde.

La Tradition, elle, s'y réfère car les deux termes khulûd, perpétuité et ta'bîd, continuité, qualifiant le Paradis et l'Enfer, se trouvent dans le Coran.

Nous répondrons à ces quatres difficultés comme suit :

Réponse à la première difficulté :

Sa Qualité d'être dernier s'interprète de (quatre) manières:

• La première : Il cause l'extinction de l'ensemble de la manifestation universelle en sorte que nous reconnaissons véritable la fonction divine du nom « le Dernier » (âkhiriyya) par cet exemple (du Paradis et de l'Enfer). Il les existencie tous deux et les fait subsister à jamais (abadan).

• La deuxième : Il est certain qu'Il est Dernier au regard de toute chose et une autre interprétation que celle-ci n'est pas valable. C'est donc ainsi qu'il faut comprendre qu'Allâh est Dernier.

• La troisième : Allâh est Premier sous le rapport de l'Existence (wujûd) et Dernier sous celui de la preuve induite (istidlâl).

• La quatrième : Allâh fait mourir les créatures et les rend permanentes après leur extinction. Sous cet aspect, Il est Dernier.

Réponse à la deuxième difficulté :

La Parole coranique : ... Tant que dureront les Cieux ... (Coran XI, 107) confirme ce qui est reconnu habituellement, à savoir que personne ne s'attend à ce que les Cieux et la Terre disparaissent ou s'anéantissent, à cause de la Royauté céleste.

Réponse à la troisième difficulté :

Allâh sait bien que les hôtes du Paradis ne sont pas soumis à un nombre de motions déterminées sans que cela constitue chez Lui une ignorance puisqu'Il ne comporte pas en Lui-même un nombre déterminé (de possibilités, Son Infinité refusant tout dénombrement). Ceux qui connaissent ce point doctrinal savent bien qu'il en est ainsi et qu'il n'y a pas d'ignorance chez Allâh.


III - AL-ZHÂHIR : L'EXTÉRIEUR

Trois aspects peuvent être envisagés dans le commentaire de ce nom :

Le premier Ce Nom signifie : Celui qui l'emporte (ghâlib) sur Ses créatures.

C'est ainsi qu'on dit : avoir le dessus (zhahartu) sur quelqu'un, lorsqu'on l'emporte sur lui et qu'on le contraint. On dit aussi : s'emparer d'une demeure lorsqu'on en triomphe par la force.

Le deuxième : Il veut dire : le Savant (`âlim) de ce qui se manifeste comme l'Intérieur (bâtin) est le savant de ce qui est caché. On dit : connaître (zhahartu) le secret de quelqu'un lorsqu'on l'a bien pénétré.

Le troisième : Allâh est Extérieur ou Apparent (zhâhir) par l'abondance des arguments évidents et des signes probants qui engendrent la vénération.

Si l'on objecte : l'Extérieur est Celui dont la réalité (wujûd) ne provoque ni le doute ni l'ambiguité mais pourtant de nombreux doutes envahissent la plupart des créatures au sujet de l'Existence (wujûd) d'Allâh. Comment alors est-Il extérieur ?

La réponse est la suivante : Al-Ghazâlî dit « qu'Al lâh se cache dans Son extrême manifestation et l'intensité de Sa lumière dont cette extériorisation est le voile. Ce propos ne peut être compris que par un exemple :

« Si je voulais manifester les mots qu'un scribe a écrits, je montrerais qu'il sait quelque chose et tu n'aurais aucun doute à ce sujet. De plus, ces mots témoigneraient d'une manière indiscutable que ce scribe est vivant, savant et capable ».

«Le même raisonnement s'applique à tout ce qui existe dans les Cieux et sur la Terre, grand ou petit, ange ou étoile, soleil ou lune, animal ou végétal qui ne peuvent que témoigner de leur besoin d'un recteur qui les dirige, d'un être qui détermine leur norme et qui leur décerne leurs qualités propres et leurs dispositions particulières. Que le fait d'écrire un seul mot soit une preuve de la réalité et des attributs du scribe, combien plus concluants (au sujet de Dieu) sont alors les signes probants qui n'ont pas de fin ».


IV- AL-BÂTIN : L'INTÉRIEUR

On peut distinguer (cinq) aspects dans le commentaire de ce nom :

Le premier : qu'Allâh soit pleinement extérieur entraîne qu'Il soit intérieur. En effet, si le soleil ne se tenait pas par dessus le globe (terrestre) nous ne saurions pas que la lumière émane de lui. Nous pourrions imaginer que les objets sont éclairés d'eux-mêmes. Pourtant, lorsque le soleil se couche les lumières disparaissent dès ce moment et nous savons alors qu'elles venaient de lui.

Maintenant, s'il était possible que les effets produits par l'Existence d'Allâh se retirent des êtres possibles, il apparaîtrait dès lors que l'existence de ceux-ci procède de celle d'Allâh. Cependant, la cessation de cette effusion (jûd) est impossible. La perfection et la persistance d'Allâh deviennent alors la cause qui produit l'ambiguïté et c'est cette signification qu'un certain maître véritable (Al-Ghazâlî) exprime ainsi : « Gloire à Celui qui se dérobe aux intelligences par son extrême manifestation et se cache d'elles par la perfection de Sa Lumière ».

Le deuxième : Allâh est intérieur au point que l'ultime fond de Sa Réalité essentielle n'est pas connu des créatures.

Le troisième : Allâh est intérieur puisque les regards ne peuvent Le cerner comme Il l'a dit : Les regards ne Le perçoivent point (Coran VI, 103).

Le quatrième : Allâh est extérieur car Il connaît ce qui est apparent, Il est intérieur car Il connaît ce qui est caché.

Le cinquième : Allâh est intérieur parce qu'Il voile aux Infidèles Sa Connaissance et Sa Vision et cache aux Fidèles Sa Vision dans ce bas-monde.

Sous cet aspect, ces deux Noms divins (l'Intérieur et l'Extérieur) se réfèrent à des Qualités d'Opérations.

Par 'Abd al Batin - Publié dans : La Croyance Islamique ('Aqida)
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